Avant j’étais con

Tout le monde est intéressant. Si jamais tu t’ennuies dans une conversation, c’est que le problème vient de toi, pas de l’autre.

J’ai pris une claque en lisant cette phrase.

Pourquoi ?

C’est très simple.

Parce que dans les conversations, je m’ennuie très très vite quand le sujet ne m’intéresse pas.

Je fais partie de ces gens qui pensent qu’il vaut mieux rester silencieux que de parler pour ne rien dire. Et j’aime quand le contenu d’une conversation est « utile » ou « pratique ». Je fuis tous les débats politiques, je ne regarde pas les talk show parce que ça m’ennuie à mourir

[SILENCE]

Tout le monde est intéressant. Si jamais tu t’ennuies dans une conversation, c’est que le problème vient de toi, pas de l’autre.

[SILENCE]

Franchement, je n’avais pas bien saisi le concept de cette pensée tout de suite…et puis j’ai continué d’y réfléchir et de pratiquer.

Comment des personnes que je pouvais qualifier de « chiantes » pouvaient finalement être intéressantes?

De quel droit le mec qui a dit cette phrase se permet de dire que le problème vient de moi ?

Et là une chose m’a frappé.

Comment se fait-il que certaines personnes peuvent réussir à avoir des conversations avec absolument tout le monde ? Qu’est ce qui fait qu’il paraissent autant intéressés et passionnés lors de ces échanges?

Pourquoi moi je ne suis pas capable d’avoir une conversation et de passer un bon moment avec n’importe qui ?

Et là, j’ai compris.

J’ai réalisé que le problème venait en effet bien de moi. Et je me suis demandé ce que je pouvais changer chez moi.

J’ai un énorme filtre qui trie toutes les informations que je reçois en permanence.

Ce filtre c’est « intéressant » /  » pas intéressant »

Dès que je vois ou que j’entends quelque chose, si c’est intéressant, je continue à scanner, je creuse. Si c’est « pas intéressant », je m’en vais, je change, je me remets à chercher un truc intéressant.

C’est très pratique pour moi, parce que grâce à cette fonction quasi inconsciente de mon cerveau, je peux traiter une grande quantité d’informations en peu de temps.

Le problème, c’est qu’avec les gens, je fais pareil…et je trie super vite!

Donc ce qui se passe, c’est que si quelqu’un vient me parler, je l’accueille toujours avec bon cœur, mais dès la première minute, mon filtre intéressant/pas intéressant va m’envoyer son rapport.

Et il a du mal à lâcher le morceau.

Si ça me plait, c’est génial, on peut parler pendant 2 jours entiers sans faire de pause pour aller pisser et sans manger.

Par contre, si je m’ennuie, c’est l’horreur. Tous les voyants sont au rouge ! C’est la panique !!!

J’ai une petite voix dans ma tête qui me gueule dessus :

  • JE ME FAIS CHIER!!!
  • TU PERDS TON TEMPS
  • PASSE A AUTRE CHOSE
  • SUIVANT !!!
  • AU SECOURS, JE VAIS MOURIR….

Et dans ces cas là, pour rester courtois et polis, et ne pas juste partir en plein milieu d’une phrase, je dois faire de gros efforts pour maintenir mon attention et calmer ma voix intérieure…

Tu vas sans doute me prendre pour un taré, mais c’est vraiment ce qui se passe, EN PERMANENCE dans ma tête.

Sans me causer de très gros problèmes, je dois avouer que ce processus et un peu pénible, surtout quand j’aimerais mieux m’intégrer dans un groupe de personnes.

Et j’ai compris que si je voulais y arriver j’allais devoir modifier ma façon de procéder.

J’ai littéralement négocié avec mon filtre. En PNL, c’est ce qu’on appelle une négociation entre parties.

Imagines toi un petit bonhomme en blouse dans une usine. Devant lui, une chaine de production infinie qui fait défiler des œufs. Le job de ce mec, c’est de trouver les œufs cassés ou pourris de la chaine de production et de les enlever.

Bien,

Quand tous les œufs sont OK, l’usine tourne à plein régime, ça avance, et notre petit bonhomme est très très content.

Quand il y a un œuf cassé, il le retire, sans faire de sentiment, avec pour seul objectif de continuer à tenir un rendement maximal pour l’usine.

  • Le filtre, c’est le petit bonhomme qui trie les œufs
  • Les œufs, ce sont les informations que je reçois
  • L’usine, c’est ma vie.

Je pense que les choses inintéressantes n’ont rien a faire dans ma vie. C’est une croyance.

Jusque là tout va bien.

Ca se corse quand je suis dans une situation où je n’ai pas le choix (une formation, une soirée…). Je ne peux pas m’enfuir et retirer l’œuf cassé de la chaîne de production.

A partir de là, c’est un peu comme si mon filtre était ligoté sur sa chaise, en train d’observer une catastrophe se produire dans l’usine. UN ŒUF POURRI, PUIS UN AUTRE, PUIS ENCORE UN AUTRE vient de franchir le seuil critique des portes de l’usine.

Et là le petit bonhomme pète un câble. Pour lui, c’est une catastrophe.

 C’est à ce moment qu’il déclenche l’alerte rouge et que ça devient la panique.Mais heureusement, ce n’est pas le seul employé de l’usine! Les autres peuvent rattraper le coup!!!

Mon sens de l’humour, ma capacité à poser des questions, ma curiosité, mon intérêt de comprendre ce qui pousse les gens à faire ce qu’ils font…etc…

Et je me suis rendu compte que j’avais plein d’autres façons de rentre les choses intéressantes et de « recycler » l’œuf pourri plutôt que de le jeter à la première occasion.

J’ai remercié mon filtre de me rendre de gros services pour gagner du temps, me donner des informations fiables sur les choses que je dois poursuivre ou pas. En revanche, je lui ai démontré que dans certaines situations, il ne me rendait pas service en insistant trop lourdement quand il a détecté des choses inintéressantes.

Il a réalisé que quand il insistait, c’était plus difficile pour moi de rendre les choses intéressantes. Et que finalement, même si au départ, il voulait bien faire, il pénalisait le rendement de l’usine.

Finalement, j’ai proposé à mon filtre de débuter une période d’essai, où il continuerait à me donner son avis sur la qualité de l’information que je reçois, mais de ne pas insister pour que d’autres fonctions de mon cerveau prennent le relais pour embellir la situation.

J’ai écrit cette vidéo en rentant d’un WE chez mes beaux parents à Annecy.

Et il s’est passé un truc plutôt marrant.

Ma copine était retardée au travail et j’avais 2 heures à passer avec ses parents que je connais assez peu.

René, le beau père a décidé de me faire découvrir Annecy à sa façon.

Je n’avais rien demandé, et je ne suis pas du tout féru d’histoire.

Quand il a commencé par la formation de la région à l’ère glacière, mon filtre s’est mis à clignoter dans tous les sens.

Mais comme prévu, j’ai accueilli sa démarche, mais je lui ai demandé de faire confiance aux autres employés de l’équipe.

Et j’ai écouté.

Et je me suis mis à entendre avec quelle passion René me racontait l’histoire de la ville d’Annecy. Sans être fasciné par le contenu de l’histoire en elle même, je me suis attaché à comprendre, poser des questions. Et c’est à ce moment là que j’ai trouvé plein de choses intéressantes pour moi.

J’ai compris la différence entre catholiques et protestants, je sais pourquoi il y a autant de petits passages dans les rues d’Annecy, je sais faire la différence entre la vieille ville et le vieux Annecy.

Tout un tas de choses qui m’auraient été inconnues si j’avais écouté mon filtre au départ.

J’ai pu échanger avec le père de ma copine, créé un lien et lui montrer que j’étais intéressant parce que je sais m’intéresser aux autres et ce qu’ils ont à dire. Même si au départ, mon petit filtre m’aurait empêché de le faire.

Quand ma copine est arrivée et qu’elle a appris que j’avais eu droit à la visite guidée pendant 2 heures, elle m’a dit un truc du genre « mon pauvre, t’as survécu ? »

Je crois qu’elle a eu du mal à me croire quand je lui ai expliqué que j’avais trouvé ça très intéressant et divertissant!

Tout le monde est intéressant. Si jamais tu t’ennuies dans une conversation, c’est que le problème vient de toi, pas de l’autre.

Et toi, qu’est-ce que tu pourrais changer pour mieux échanger avec les autres ? Comment tu pourrais faire pour devenir plus intéressant ?

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